Essayons de le dire gentiment*
L’école va mal, on le sait, on le répète depuis des années et on l’exprime dans les rues depuis des mois. A tort ou à raison ? Pas de réponse simple à une situation aussi complexe, c’est évident !
Quoi qu’il en soit, à l’atelier de pédagogie active Out of the Box, on observe depuis dix ans une évolution préoccupante qui concerne avant tout l’état d’esprit des adolescents. Ce qui nous frappe, c’est l’augmentation impressionnante du décrochage scolaire, manifeste dès le début des études secondaires. Derrière ce décrochage se cache toujours des histoires douloureuses liées à l’expérience de l’école : harcèlement, perte de sens et démotivation, absence des professeurs et manque de suivi individuel, troubles de l’attention mal compris, angoisses et dépressions, environnement délabré qui invite au vandalisme, perte de confiance envers soi et l’institution qui devrait au contraire l’encourager …
Les professeurs en colère répondront certainement à cela qu’eux-mêmes souffrent d’un manque de reconnaissance, d’un cadre institutionnel bousculé et de trop peu de moyens. Est-ce néanmoins opportun de répondre à ce mal-être par des grèves qui impactent avant tout les jeunes ? Comment justifier la fermeture d’écoles dès la rentrée des classes, après deux mois de congé et les grèves qui les ont précédés ? Le risque n’est-il pas alors de donner aux étudiants l’impression qu’on les oublie, que leur situation passe derrière les revendications des professeurs, aussi justifiées soient-elles ? De là à considérer que c’est l’école elle-même qui produit du décrochage, le pas est vite sauté.
A Out of the Box, on observe aussi que les jeunes en décrochage scolaire ne retournent que très rarement dans un système traditionnel, même s’ils souffrent d’en être sortis et malgré un sentiment d’isolement et d’échec. Mais cela ne signifie pas qu’ils refusent l’effort et les apprentissages, des perspectives et une vie sociale dynamique, bien au contraire ! Ce qu’ils contestent, c’est la manière dont on les dirige au nom de la transmission de savoirs cloisonnés, alors que le savoir-être et la créativité leur sont prioritaires.
Une des meilleures solutions actuelles pour combattre le décrochage scolaire reste le jury central qui permet à ces jeunes d’obtenir un certificat d’études secondaires sans devoir retourner à l’école. Les préparer à ces épreuves repose sur de nombreuses conditions, dont une approche transversale des matières et un encadrement de professionnels passionnés, disponibles et respectueux des différences de chacun. Du luxe ? Non, une réelle nécessité qui porte ses fruits ! Mais on nous annonce des réformes, voire l’annulation du jury professionnel. Si celles-ci sont utiles, adaptées à la réalité et pas seulement conçues par des experts déconnectés et à coups de statistiques, elles demandent avant tout une analyse approfondie et préalable, qui dépasse des préoccupations budgétaires et politiques à court terme.
Sortir des rangs n’est pas une fatalité, le jury central est et doit rester un tremplin efficace pour tous ces jeunes en rupture.
Les difficultés de la situation actuelle nécessitent certainement de développer des stratégies créatives qui secouent les cadres, mais pas au détriment des jeunes. D’autres manières que les grèves existent pour les résoudre et pour réduire le décrochage scolaire par la même occasion.
Diane Hennebert,
Administratrice déléguée de Out of the Box
*C’est la revue Collect qui, il y a quelques années, analysait sous ce titre de rubrique des problèmes liés au monde de l’art. Je le reprends ici, car il ne s’agit pas de polémique, mais plutôt d’une invitation à réfléchir avec bienveillance aux manières dont les jeunes ne seraient pas les victimes impuissantes de la situation actuelle du système scolaire.



